L’histoire des cordonniers

par | Mai 8, 2020 | Education, Epanouissement personnel, Spiritualité

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Que la Paix soit sur toi,

Je vais te raconter une histoire que j’ai vĂ©cue, d’attachement et de dĂ©tachement. Une histoire de rizq, la source de subsistance donnĂ©e par Allah le TrĂšs-Haut. L’histoire d’un attachement aux biens de ce monde qui a Ă©loignĂ© un rizq. Et d’un dĂ©tachement qui a ramenĂ© un rizq insoupçonnĂ©.

Au commencement

L’histoire se produisit quant j’étais Ă©tudiante en Ă©cole d’ingĂ©nieurs. EtrangĂšre, seule, idĂ©aliste.

J’avais commencĂ© Ă  gĂ©rer mon propre argent pour la premiĂšre fois, et je prenais conscience de la nĂ©cessitĂ© d’avoir une bonne gestion et d’éviter le gaspillage. Mes parents m’envoyaient de l’argent en quantitĂ© plus que suffisante, mais je faisais tout de mĂȘme trĂšs attention et limitais les achats futiles, afin d’ĂȘtre en mesure de donner plus aux personnes et aux causes qui me tenaient Ă  coeur.

Un jour, une chaussure Ă  moi s’abĂźma. Je voyais qu’elle Ă©tait (trĂšs) facilement rĂ©parable mais je n’avais aucun outil pour le faire moi-mĂȘme. Ecologiste dans l’ñme, je dĂ©cidai de chercher un cordonnier plutĂŽt qu’immĂ©diatement racheter une paire. Ce mĂ©tier tombait en dĂ©suĂ©tude en France, je savais qu’il me faudrait chercher.

Mon intention Ă©tait aussi de soutenir un cordonnier que j’aurais trouvĂ©, en me disant que son activitĂ© avait dĂ» bien baisser ces derniĂšres annĂ©es. Je sortis donc, avec cette intention de le soutenir en lui achetant un service de rĂ©paration, mais aussi en restant attentive et observatrice afin de repĂ©rer un autre moyen de l’aider et de lui apporter du bien. AprĂšs une longue recherche, j’en identifiai un en ligne et fĂźt un dĂ©tour de 30 minutes pour me rendre Ă  son Ă©choppe.

Le premier cordonnier

Sur la porte d’entrĂ©e, une annonce Ă©tait affichĂ©e et indiquait qu’il avait besoin de recruter une aide administrative Ă  bas prix. J’étais heureuse, je rentrai dans la boutique avec l’intention de lui proposer de prendre en charge gratuitement ses soucis administratifs, qui pour moi Ă©taient un jeu d’enfant.

Je rentrai dans l’échoppe, le saluai. Je lui tendis la chaussure et demandai le prix de rĂ©paration


     

    
 je lui demandai le prix de rĂ©paration. 50€. Je lui rĂ©pondis, respectueusement, que c’était le prix de la paire et que ça me paraissait un peu cher pour la rĂ©paration attendue.

    Il ne me rĂ©pondit pas et me fit alors sĂšchement un signe de la main m’indiquant la porte.

    Et c’est ainsi qu’il ferma lui-mĂȘme une porte de rizq qui a fait un grand dĂ©tour pour venir jusqu’à lui, et qui aurait pu lui apporter bien plus que 50€.

    Un tel irrespect pour une modique somme me dĂ©montra que cette personne ne mĂ©ritait pas le rizq qui transitait par moi. Je veillerai Ă  le cheminer Ă  une personne bienveillante, qui a des valeurs et qui n’est pas aveuglĂ©e par l’argent ou autre divinitĂ© moderne. Quel gĂąchis. Il m’avais repoussĂ©e avec dĂ©dain pour quelques sous, alors qu’il ne verrait peut-ĂȘtre jamais plus allergique Ă  l’argent que moi.

    Je donne tout l’argent que je peux, et j’offre sans compter mes compĂ©tences, mes connaissances et mon temps, qui valent souvent encore plus. Mais Allah donne Ă  qui Il veut.

    Je l’imaginai ensuite se plaindre de l’activitĂ© en baisse, des faibles revenus, des frais, des impĂŽts, de la vie, que sais-je. Allah seul sait. Ce dont je suis sĂ»re est que son attachement Ă  l’argent lui a fait perdre de l’argent, une opportunitĂ© d’avoir gracieusement ce qu’il convoitait, mon estime, et peut-ĂȘtre l’agrĂ©ment d’Allah Le Sublime.

    J’avais Ă©mis l’intention d’aider un cordonnier autant que je le pouvais, par mon argent, mon temps et mes compĂ©tences. Finalement, par son attachement Ă  l’argent et son mauvais comportement, il a fermĂ© lui-mĂȘme une porte de rizq qui a fait le dĂ©tour pour venir jusqu’à lui.

    Sur le chemin du retour, une image me vĂźnt Ă  l’esprit. Elle apparĂ»t brusquement. Un vieux cordonnier qui exerce dans le quartier de ma grand-mĂšre, dans une petite ville au Maroc. Il n’a pas d’échoppe mais un petit stand, et est toujours au mĂȘme endroit, en dehors des horaires de priĂšre, avec son sourire affable, Ă  saluer quiconque passe prĂšs de lui. Je dĂ©cidai alors de reporter la rĂ©paration de ma chaussure Ă  mes prochaines vacances au Maroc, prĂ©vues quelques jours plus tard. Et c’est ce que je fis.

    Le deuxiĂšme cordonnier

     

    … Je trimballai la chaussure jusqu’à un autre continent, en espĂ©rant la faire rĂ©parer par cet homme en particulier, lui apporter son rizq. J’Ă©tais heureuse Ă  cette idĂ©e.

    Mais me remĂ©morant ma premiĂšre expĂ©rience, des idĂ©es sombres venaient, se bousculaient, et je les chassai aussitĂŽt : « Et si encore une fois, tu Ă©tais en train de faire un gros dĂ©tour, juste pour ĂȘtre déçue ? Est-ce que ça mĂ©rite, tout ça, ne veux-tu pas voir que les gens sont ingrats, mauvais ? Tu t’investis et tu mets tout ton coeur dans une intention de faire le bien, imagine qu’elle soit mal accueillie et que ça te blesse ? Ne devrais-tu pas te prĂ©server des dĂ©ceptions, des blessures ? N’apprends-tu jamais rien, petite naĂŻve ? »

    C’était le wasswass, les insufflations du diable, qui voulait me dissuader de faire un bien pour me « protĂ©ger ». Mais j’ai toujours prĂ©fĂ©rĂ© ĂȘtre déçue et blessĂ©e, que de cesser de faire du bien. Cette vie est tellement courte, j’ai peur d’un jour oĂč le regret ne serve Ă  rien.

    Le jour vint oĂč je me rendis dans la ville de ma grand-mĂšre. AprĂšs des retrouvailles chaleureuses, je descendis avec ma tante pour rĂ©parer la chaussure. Le vieux cordonnier nous salua et nous sourit avant mĂȘme de savoir qu’on venait le voir.

    Je lui montrai la chaussure, et il la rĂ©para en 30 secondes et avec un clou. Je lui demandai le prix, il me rĂ©pondit : « Donne ou ne donne pas, ma fille, ce n’est qu’un clou. »

    Lui qui Ă©tait rĂ©ellement dans le besoin, ne rĂ©clamait rien. Je voyais en lui un sincĂšre dĂ©tachement Ă  l’argent et voulais le vĂ©rifier. Je lui donnai un dirham, un seul, soit moins de 10 centimes d’euro. Il me remercia chaleureusement et invoqua pour moi.

    Il n’avait rien nĂ©gociĂ©, ne s’était pas plaint et me remercia. Mon coeur tremblait de joie devant sa richesse, la richesse de son Ăąme. Je lui tendit alors un billet de 200 dirhams, soit moins de 20€. Pour moi ce n’était rien, mais ce billet bleu Ă©tait le plus cher dans la devise marocaine, et il n’en voyait que trĂšs rarement. Il jura de ne pas le prendre, se dĂ©battit, disait qu’il n’avait rien fait pour ĂȘtre aussi grassement payĂ©. Je rĂ©ussis Ă  le glisser dans son tiroir avant de partir.

    Depuis ce jour, il reçoit chaque vendredi son assiette de couscous, et il est parmi les premiers auxquels nous pensons au moment de donner la zakĂąt ou toute autre aumĂŽne, que je ne dĂ©taillerai pas plus que cela. Il fait partie des personnes les plus proches pour lesquelles j’invoque chaque jour.

    Son dĂ©tachement Ă  l’argent lui a ramenĂ© de l’argent ainsi que des biens matĂ©riels et immatĂ©riels, mais surtout une Ă©lĂ©vation auprĂšs d’Allah et auprĂšs des gens. Et Ă  moi, il m’a offert une belle leçon de vie.

    Qu’Allah nous Ă©lĂšve auprĂšs de Lui, guĂ©risse les coeurs malades et accorde Son rizq sans compter aux personnes dont le coeur est pur.

    Allah a dit :

    « Dis: Certes mon Seigneur accorde Ses largesses ou restreint Ses dons Ă  qui Il veut parmi Ses serviteurs. Et toute dĂ©pense que vous faites Il la remplace. Et c’est Lui le meilleur des donateurs ».

    Sourate Saba (34), verset 39

    Tu as aimĂ© mon histoire ? Je l’aime beaucoup et je suis heureuse de l’avoir vĂ©cue.

    Si elle t’a inspirĂ©e, n’hĂ©site pas Ă  la partager. đŸŒč

     

    Happy muslim family

    3 Commentaires

    1. Oum Younous

      Incroyable histoire soubhan Allah ! Qu’Allah nous compte parmi les reconnaissants

      RĂ©ponse
      • Happy Muslim Mom

        Amiiin, la reconnaissance est devenue si rare.

        RĂ©ponse
    2. Oum Roumayssa

      subhanaAllah, trĂšs belle histoire, j’aime le Maroc et ces gens si humbles, je ne suis pas Marocaine mais j’ai dĂ©couvert des qualitĂ©s humaines, la gĂ©nĂ©rositĂ©

      qu’Allah te rĂ©compense ma chĂšre sƓur, qu’Allah le preserve ce cordonnier et qu’Allah Ar Razzaq augmente sa subsistance

      RĂ©ponse

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