La disparition

par | Mai 13, 2020 | Non classé

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Que la Paix soit sur toi,

Je vais te raconter une histoire miraculeuse que j’ai vĂ©cue.

Hier aprĂšs-midi, pendant que je jouais avec mon bĂ©bĂ©, mon mari m’a demandĂ©, sans contexte : « Sais-tu ce qu’est un lipogramme ? » J’ai hĂ©sitĂ© un instant, avant de m’en rappeler. C’est un texte dans lequel une lettre de l’alphabet est bannie. L’exemple le plus connu est le livre « La disparition » de Georges Perec, un roman entiĂšrement Ă©crit sans la lettre « e », pourtant la plus frĂ©quente en langue française. 

Oui, nous avons ce genre de discussion. 😅

Sa question a surtout provoquĂ© une vague d’émotions en me replongeant dans une merveilleuse histoire que j’avais vĂ©cue, que je vais partager avec toi.

Mon premier salaire

 

Je lus le livre « La disparition » lors de ma premiĂšre annĂ©e en Ă©cole d’ingĂ©nieurs. Il faisait partie des affaires que j’avais ramenĂ©es avec moi en arrivant en France. Je quittais la ville oĂč j’avais grandi pour Ă©tudier dans un autre continent, et mon unique valise Ă©tait remplie Ă  moitiĂ© de livres.

DĂšs la rentrĂ©e, des parents de collĂ©giens ou lycĂ©ens venaient Ă  notre Ă©cole Ă  la recherche d’élĂšves ingĂ©nieurs pour donner des cours particuliers Ă  leurs enfants. J’avais l’habitude de donner des cours bĂ©nĂ©volement Ă  des enfants en difficultĂ©, au Maroc. Pendant 2 semaines de vacances oĂč j’étais restĂ©e seule sur le campus, j’accompagnais donc une Ă©lĂšve en terminale, annĂ©e du bac.

Je n’avais pas nĂ©gociĂ© le prix, et Ă©tais prĂȘte Ă  travailler avec elle gratuitement jusqu’à la reprise des cours. Mes parents couvraient tous mes besoins avec largesse et plaisir. Mais c’était tout de mĂȘme la premiĂšre fois que je pouvais gagner mon propre argent, et j’apprĂ©ciais cette perspective d’indĂ©pendance.

A la fin des vacances, les parents de mon Ă©lĂšve, hautement satisfaits, me payĂšrent 500€. Au Maroc, c’était supĂ©rieur Ă  un SMIC. Pourtant j’avais l’impression de n’avoir rien fait pour ĂȘtre autant payĂ©e, surtout que j’avais l’habitude de le faire gratuitement. Je sentais que c’était trop et je refusai. Mais plus je refusai, plus ils insistaient et souhaitaient en rajouter. Alors je me finis par me rĂ©signer et accepter mon premier salaire.

Qu’allais-je faire avec mes premiers euros gagnĂ©s ? Tous mes besoins Ă©taient couverts. Je devais en faire une oeuvre de bien. Je souhaitais soulager d’une dette une personne qui m’était chĂšre. En mĂȘme temps, je tenais Ă  offrir un cadeau Ă  ma maman, pour la symbolique. Je me disais aussi : et si je l’envoyais entiĂšrement Ă  une association pour soutenir l’une des causes qui m’importait le plus ?

Sur le chemin de l’aller, j’avais fini le livre « La disparition ». Sur le chemin du retour, j’avais commencĂ© un nouveau livre.

Je vivais aussi une nouvelle page de ma vie, dans laquelle je pouvais commencer à donner plutÎt que juste recevoir.

Je rentrai, déposai mes affaires, retirai mon manteau. Je vidai mon sac, mais



 l’argent avait disparu.

 

… l’argent avait disparu.

Que s’était-il passĂ© ? Comment Ă©tait-ce possible ? Etais-je tellement noyĂ©e dans mes pensĂ©es que j’avais fait tomber les billets sans m’en rendre compte ? Allah me punissait-Il de ma joie de recevoir cet argent, et souhaitait-Il ainsi prĂ©server mon dĂ©tachement aux biens matĂ©riels ?

Je me prĂ©servai surtout de la mauvaise suspicion, qui aurait Ă©tĂ© la rĂ©action la plus vile. Je cherchais dans mes affaires, rien. Dans mes poches, mon portefeuille, je vidai mon sac, rien. Dans le flou qui couvrait mon cerveau, je regardai mĂȘme sous le lit, alors qu’il n’y avait aucune raison au monde que l’argent s’y soit faufilĂ©. Bref, j’étais dĂ©contenancĂ©e.

J’avais peut-ĂȘtre fait tomber l’argent chez mon Ă©lĂšve, au moment oĂč je l’avais rangé dans mon sac. Cela peut arriver. Mais je n’osai Ă©videmment pas rappeler la famille, et acceptai cette Ă©preuve d’Allah. Je posai mon front sur mon tapis de priĂšre, et demandai Ă  Allah de me rendre l’argent si c’était un bien pour moi, sinon de l’accorder directement Ă  la personne qui en a le plus besoin.

Je ne parlai de cette mĂ©saventure Ă  personne. Je comptai faire la surprise Ă  mes parents Ă  mon retour. Ils auraient Ă©tĂ© fiers mais m’auraient demandĂ© d’arrĂȘter et de me concentrer sur mes propres cours. Finalement ils n’en surent rien.

Trois annĂ©es plus tard…

 

La vie poursuivit son cours et je finis par complĂštement oublier cette histoire. Trois annĂ©es plus tard, je finissais mes Ă©tudes. Je trouvai un stage de fin d’études au Centre National de Recherche Scientifique. Avant de me diriger vers le consulting en Technologies de l’Information, tous mes choix m’orientaient vers la recherche scientifique.

C’est un domaine passionnant, mais trĂšs mal payĂ© au dĂ©marrage, et finalement moins intellectuel que je ne l’imaginais. J’étais mĂȘme déçue des arnaques intellectuelles des chercheurs avec lesquels j’avais pu travailler. A ce stade, j’avais demandĂ© Ă  mes parents de ne plus rien m’envoyer, car je tenais dĂ©sormais Ă  ne plus ĂȘtre une charge financiĂšre pour eux.

NĂ©anmoins, aprĂšs 3 mois de stage, je n’étais toujours pas payĂ©e, Ă  cause d’une erreur administrative. Etant Ă©trangĂšre, je n’avais droit Ă  aucune bourse ni aide. J’eus mĂȘme droit Ă  un ascenseur Ă©motionnel, lorsqu’on m’annonça en grandes pompes, qu’étant major de promo, j’avais obtenu la bourse de mĂ©rite (une belle somme en l’occurence). J’en Ă©tais toute heureuse, je commençai Ă  remplir le dossier pour formaliser tout cela. PremiĂšre ligne : « NumĂ©ro de la carte nationale d’identité ». Etant Ă©trangĂšre, je m’enquis si je pouvais renseigner le numĂ©ro du passeport Ă  la place. Et c’est lĂ  que la responsable se confondit en excuses et m’annonça que la bourse de mĂ©rite Ă©tait rĂ©servĂ©e aux français, malgrĂ© qu’il s’agissait d’une bourse de « mĂ©rite », qui a priori ne concernait que le « mĂ©rite » 

Une erreur liĂ©e Ă  cette dĂ©convenue s’était tout de mĂȘme retrouvĂ©e dans ma convention de stage, et cela avait retardĂ© sa validation officielle, sans laquelle je ne pouvais pas ĂȘtre payĂ©e. Pourtant mes frais et mon loyer n’accordaient aucun dĂ©lai. TĂȘtue, je ne voulais pas inquiĂ©ter mes parents, et j’avais tellement de travail sur les Ă©paules que je ne pouvais rien faire pour gagner de l’argent Ă  cĂŽtĂ©. Je ne pouvais accepter d’en parler Ă  personne, malgrĂ© le besoin.

Dans l’impasse, les larmes coulùrent sur mes joues, je ne sus les retenir. Alors je m’adressai à Lui, le front par terre.

Je savais qu’Il rĂ©pondrait.

Je savais qu’Il rĂ©pondrait.

Dans l’impasse, les larmes coulĂšrent sur mes joues et je ne sus les retenir. Alors je m’adressai Ă  Lui, le front par terre. Je savais qu’Il rĂ©pondrait.

Peu avant l’aube, dans ma chambre Ă©tudiante Ă©clairĂ©e Ă  la lueur d’une bougie, je posai mon front en priĂšre et demandai Ă  Allah, Lui qui est capable de toute chose, de m’accorder une issue honorable. Je Lui demandai de m’aider, m’accorder une solution, sans inquiĂ©ter mes parents qui traversaient eux-mĂȘmes une phase difficile. Mon coeur Ă©tait en miettes de devoir demander quoique ce soit Ă  quiconque d’autre que Lui. Je ne pouvais pas, je ne pouvais pas, j’avais besoin de Son aide, et Son aide Ă  Lui Seul.

Je priai, Ă  chaudes larmes. Dans ma petitesse, je m’adressai Ă  Allah le TrĂšs-Haut. Sans intermĂ©diaire.

La notion du temps perdue, je finis ma priÚre, et restai assise sur mon tapis dans le silence, bercée par le crépitement de ma bougie, pensive.

Ma bibliothĂšque Ă©tait devant moi. Puis mes yeux se posĂšrent sur le livre « La disparition ». ImmĂ©diatement, mon coeur fit un bond et faillit sortir de ma poitrine. L’information Ă©tait dans ma tĂȘte tout le long, mais Ă©tait restĂ©e cachĂ©e jusqu’au moment opportun. Les 500€ que j’avais gagnĂ©s, mon premier salaire ! Je les avais glissĂ©s rapidement dans le livre en sortant de chez mon Ă©lĂšve.

Je n’avais jamais rouvert le livre, vu que sur le chemin du retour j’en avais commencĂ© un nouveau. Mais oui, j’avais mis les billets lĂ  ! SubhanAllah.

Comment avais-je pu ainsi ĂȘtre aveuglĂ©e ? Comment cela a-t-il pu se produire ? L’argent pouvait-il encore ĂȘtre dans la livre ? Cet Ă©vĂ©nĂ©meent remontait Ă  quelques annĂ©es, et j’avais vĂ©cu plusieurs dĂ©mĂ©nagements entre temps, oĂč mes livres Ă©taient transportĂ©s ça et lĂ . Il Ă©tait improbable que les billets soient encore Ă  leur place


J’ouvris le livre, et y trouvai les 500€, intacts comme au premier jour, immobiles, conservĂ©s auprĂšs du Plus Digne de confiance. Allah est grand. Je les avais cherchĂ© partout sauf Ă  l’endroit le plus Ă©vident, pour une raison qui m’échappait complĂštement. Je n’avais jamais pensĂ© Ă  chercher dans ce livre, j’étais aveuglĂ©e pour une raison qui me dĂ©passait. Finalement ils rĂ©apparurent au moment prĂ©cis oĂč j’en avais le plus besoin dans ma vie. Allah me les as prĂ©servĂ©s, moi qui m’apprĂȘtais Ă  les dilapider immĂ©diatement ; pour la bonne cause certes, mais comme s’ils Ă©taient une braise qui me brĂ»lait au toucher. SubhanAllah.

J’avais demandĂ© Ă  Allah de les amener jusqu’à la personne qui en avait le plus besoin, mais je n’imaginais pas que cette personne puisse ĂȘtre moi-mĂȘme Ă  l’un des moments les plus Ă©prouvants de ma vie. Il les a prĂ©servĂ©s jusqu’à ce jour.

Je tremblai devant Sa réponse immédiate à ma priÚre. Je pleurai, de reconnaissance envers Allah, Maßtre des cieux et de la Terre, qui répondit à ma priÚre, sans délai, insignifiante que je suis.

Je souris en réalisant que le titre du livre « La disparition » était un indice dÚs le premier jour pour mon argent disparu. Subhan Allah.

PS : Je reçus Ă©galement, la mĂȘme semaine, la paie de mon stage de maniĂšre rĂ©troactive, soit une rĂ©munĂ©ration de 3 mois.

PS2 : Mon Ă©lĂšve, aprĂšs nos 2 semaines ensemble, Ă©tait passĂ©e d’une note moyenne de 11/20, Ă  des notes entre 18 et 20/20, alhamdoulillah.

Mon histoire se termine ici. J’ai pleurĂ© en l’écrivant, en me remĂ©morant ce moment miraculeux. J’en tremble encore.

J’espĂšre que mon histoire t’a plu et a pu t’inspirer. N’hĂ©site pas Ă  la partager si tu le souhaites.

Happy muslim family

7 Commentaires

  1. Fatou

    Merci pour ce partage. Quelle belle histoire et fin. Everything is written đŸ™đŸŸ

    RĂ©ponse
    • Happy Muslim Mom

      Merci Ă  toi pour ton message. đŸŒč
      Allah sait ce qu’on ne sait pas, faisons-Lui confiance. ❀

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    • Fatima

      Merci c’est tres touchant. Que Dieu vous prĂ©serve.

      RĂ©ponse
  2. BA

    As salam aleykoum wa rahmatoulahi wa barakatu ma chĂšre sƓur. Ton histoire est magnifique rempli de gĂ©nĂ©rositĂ©, de Tawakul et d’humilitĂ©. TrĂšs touchante et un merveilleux rappel… La clĂ© c’est Lui qui l’a dĂ©tient.
    Al hamdoulilah.
    Belle continuation.

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    • Happy Muslim Mom

      Wa aleykoum salam,
      Je te remercie de prendre le temps de nous lire et nous Ă©crire. đŸŒč
      Alhamdoulillah, oui, Allah est capable de toute chose. Faisons-Lui confiance. đŸ„°

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  3. Hadjira

    As salam ouahleyki . Juste ouawwww. SobhanAllah quel belle histoire . Allah u Akbar.

    J’ai aussi eu une sacrĂ©e histoire que trĂšs trĂšs trĂšs peu de personne connaisse alors je comprend parfaitement tes Ă©motions.

    Le fait de savoir qu Allah le trùs haut nous a entendu nous c juste ouawww. 🙏

    RĂ©ponse
    • Happy Muslim Mom

      Wa aleikoum salam.
      Eh oui, Il nous voit, Il nous entend et Il sait tout. đŸ„°

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